Bilan et Perspectives : La Recherche et l’Innovation au Cœur de l’Agriculture Écologique au Bénin

Par l’équipe de PABE Bénin
Retour sur l’atelier d’auto-évaluation du projet EOA et la présentation des résultats de recherche (Allada, Décembre 2017)

L’agriculture écologique et biologique (AEB) au Bénin est en pleine mutation, portée par une dynamique de recherche, d’innovation et de structuration des acteurs. Lors d’un atelier stratégique tenu à l’Hôtel Hibiscus Toussaint L’Ouverture à Allada, la PABE, sous la présidence du Prof. Simplice Davo Vodouhè, a procédé à l’auto-évaluation des activités du projet EOA.

Cet événement a été l’occasion de dresser un bilan riche des trois piliers du projet : la recherche, la communication, et la structuration du marché, tout en préparant les prochaines étapes d’évaluation avec le partenaire Bio Vision Africa Trust.

1. Pilier Recherche : Des solutions concrètes validées par la science

Les travaux de recherche présentés lors de l’atelier démontrent que l’agroécologie n’est pas seulement une philosophie, mais une science appliquée offrant des réponses tangibles aux défis des producteurs béninois.

  • Élevage biologique structuré : Les travaux dirigés par le Prof. Kindomihou Valentin ont permis de caractériser les systèmes d’élevage biologique au Bénin, d’identifier 4 types de fermes modèles et de comprendre les leviers socio-économiques de leur adoption. Cette dynamique a d’ailleurs stimulé la production académique, avec la réalisation de 3 mémoires de Licence, 2 de Master et 1 thèse de Doctorat sur le sujet.
  • Biodiversité et lutte biologique : Le Dr. Dassou Anicet a présenté des résultats probants sur le contrôle naturel des ravageurs. Dans les systèmes de culture de tomate et de banane, la diversification des plantes et la rotation des cultures augmentent significativement la présence de prédateurs naturels, réduisant ainsi les dégâts causés par la chenille Helicoverpa armigera et le charançon du bananier, sans recours aux pesticides chimiques.
  • Innovation en biofertilisation : Une étude menée par M. Adjé Bienvenu a testé avec succès des biofertilisants liquides (ABC Tomato Grower) à base de valorisation de mauvaises herbes. Testée en contre-saison à Bohicon, cette solution a permis de réduire drastiquement la chute des fleurs et d’obtenir de bons rendements, ouvrant la voie à une future commercialisation après des tests scientifiques approfondis.
  • Valorisation des savoirs locaux : Le Dr. Tovignan Sylvère a documenté 20 pratiques agricoles EOA, dont l’utilisation d’extraits aqueux de neem et de Morinda lucida contre les ravageurs de l’amarante et de la grande morelle. Il a également souligné un déficit politique majeur : l’absence de politiques publiques soutenant l’usage du compost et des biopesticides, contrairement aux subventions accordées aux intrants chimiques.
  • Comportement des consommateurs : Une enquête de M. Gbèlidji Tonakpon auprès de 200 consommateurs révèle un paradoxe : si 85 % de la population connaît l’existence des légumes biologiques, leur consommation reste faible. Cela souligne la nécessité de renforcer les stratégies de sensibilisation sur les bénéfices santé et environnementaux.

2. Pilier Communication : Mobiliser les médias et les TIC

Le groupe PASCiB a présenté ses avancées en matière de sensibilisation. Des journalistes de plusieurs départements ont été formés pour mieux relayer les enjeux de l’AEB. De plus, une approche innovante de “paysan à paysan” a été déployée : des producteurs ont été formés aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pour relayer les bonnes pratiques dans leurs villages respectifs.

Note d’amélioration : Les participants ont encouragé le PASCiB à affiner ses méthodologies d’évaluation d’audience (notamment sur l’objectif d’atteindre 1 million de personnes via la presse) et à renforcer la synergie avec les autres piliers pour des actions de terrain plus impactantes.

3. Pilier Marché et Structuration : Vers une professionnalisation du secteur

La structuration de la filière a fait des bonds de géant, comme l’a démontré la présentation de M. Tokannou (ONG Crasteda) :

  • Cartographie des acteurs : La base de données nationale en agriculture biologique a été actualisée, intégrant 12 nouvelles organisations paysannes. Le Bénin compte désormais 78 acteurs officiels répertoriés dans l’AEB.
  • Information en temps réel : Pour désenclaver les producteurs, 6 réseaux totalisant 2 500 agriculteurs ont été formés à l’utilisation des SMS pour recevoir et partager des informations cruciales sur les prix et les opportunités du marché.
  • Accès au marché : Un nouveau point de vente dédié aux produits biologiques a été créé et équipé en 2017, venant compléter l’offre existante et rapprocher les produits sains des consommateurs urbains.

Conclusion : Cap sur la consolidation et le plaidoyer

Cet atelier d’auto-évaluation a confirmé la vitalité de la recherche et de l’innovation en agriculture écologique au Bénin. Cependant, il a aussi mis en lumière des défis à relever : la nécessité de renforcer la rigueur scientifique pour la commercialisation des intrants bio, d’améliorer les indicateurs d’impact en communication, et surtout, de mener un plaidoyer vigoureux pour que les politiques agricoles nationales (comme le PAG) intègrent et soutiennent financièrement les pratiques agroécologiques au même titre que l’agriculture conventionnelle.

PABE Bénin reste pleinement engagée à accompagner ces dynamiques, à valoriser les résultats de la recherche et à faire de l’agriculture biologique un levier de souveraineté alimentaire et de prospérité pour les producteurs béninois.

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